30ème anniversaire Eurojuris : les avocats veulent s'approprier la technologie et valoriser l'humain

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digitalÀ l’occasion de son 30ème anniversaire, EUROJURIS FRANCE a réuni au Trianon Palace, à Versailles, plus de 300 professionnels du droit (Avocats, Huissiers et Notaires) les 19 et 20 janvier 2017. Les avocats sont confrontés à des mutations d’ampleur. Comment aborder cette transition ? En s’appropriant la technologie, en valorisant l’humain et étant moteurs de l’innovation répondent les participants ! 

Aujourd’hui, les justiciables ont encore trop peu recours aux avocats 

En France, il existe un marché potentiel très important que les avocats doivent conquérir : 59 % des TPE et PME1 et 1 Français sur 22 n’ont jamais eu recours à un avocat. Selon Vincent Aussilloux, Directeur du Département Economie de France Stratégie, cela s’explique d’abord par un retard des entreprises françaises sur le numérique. Au contraire, Les Français, eux, ont massivement adopté les nouvelles technologies. Ainsi, lorsque les justiciables français rencontrent un problème juridique, ils ont tendance dans un premier temps à s’adresser aux moteurs de recherche pour poser leurs questions, plutôt que d’avoir recours au conseil d’un spécialiste, tel un avocat.

Les avocats doivent organiser leur transformation digitale

Loin d’être une source d’inquiétude, il s’agit pour Thierry Wickers, avocat et auteur du livre « La grande transformation des avocats » d’une excellente nouvelle à condition de repositionner l’offre de l’avocat, qui doit être visible en ligne ! Aujourd’hui, seul 1 cabinet d’avocats sur 3 a un site internet, et seul 1 cabinet individuel sur 5 est présent sur le web… Les avocats doivent adopter une véritable stratégie de présence en ligne, grâce à des outils accessibles même aux très petites structures et notamment par le biais des réseaux sociaux. Il est également facile d’être présents sur les plateformes de recommandations d’avocats, telles que celles des barreaux ou du réseau EUROJURIS – mais aussi celles des legaltech, à l’image de Legalstart.fr ou Rocketlawyer. Mais surtout, les avocats doivent innover et se saisir au plus vite des technologies, en repositionnant leur offre sur le web. Il s’agit d’être présent là où les justiciables cherchent à résoudre leurs problèmes, et non plus d’attendre qu’ils poussent la porte des cabinets.

Redéfinir le métier d’avocat pour répondre aux grands enjeux de demain

Richard Susskind, prospectiviste anglais et conseiller du Ministère de la Justice au Royaume-Uni, a insisté sur un point : les avocats ne doivent pas chercher à prédire et à s’adapter à un futur incertain, ils doivent l’inventer ! Les vingt prochaines années sont très prometteuses pour les avocats. En effet, la profession a l’opportunité de réinventer le système juridique pour le rendre plus performant, et ainsi mieux répondre aux demandes de sa clientèle. Première étape : optimiser et rationnaliser le conseil juridique, pour diminuer le temps et les coûts pour le client sur les tâches moins complexes. La technologie peut permettre par exemple de rendre la recherche documentaire plus rapide et plus efficace. Deuxième étape : transformer et diversifier les métiers des professionnels du droit, de l’assistant juridique au chercheur, en passant par les analystes de données et de procédures, mais aussi les avocats-ingénieurs et arbitres en ligne. Ces derniers développeront les nouveaux outils nécessaires à une résolution des différends, en rendant la prise de décision plus rapide et donc la justice plus accessible et plus efficace.

Signature de la Charte éthique pour un marché du droit en ligne

La "Charte éthique pour un marché du droit en ligne et ses acteurs" a fait l'objet de sa première séance de signature officielle lors du Congrès Eurojuris, le 20 janvier 2017. 77 acteurs, dont un certain nombre de structures représentatives du marché du droit, se sont engagés à appliquer dès maintenant ses principes directeurs.

La répartition des signataires (50 représentants des professions réglementées, 3 réseaux professionnels nationaux, 19 acteurs de la Legal Tech, mais également un enseignant chercheur, des représentants de la presse spécialisées ou des éditeurs juridiques) illustre l’intérêt partagé par l'ensemble des acteurs, historiques comme nouveaux venus sur le marché, pour un modèle de collaboration fondé sur des bases d’excellence, dans un souci de préservation des intérêts du justiciable

Pour rappel, le projet de Charte a été coordonné par Alexis Deborde, membre d’Open Law* Le Droit Ouvert, en collaboration étroite avec les professionnels volontaires du marché, dans le cadre d'un programme de co-création consacré à "l'Economie Numérique du Droit". La Charte a été conçue pour permettre aux acteurs du marché, professions réglementées et Legal Tech*, de garantir à leurs usagers et clients le respect d'un ensemble de règles communes ayant trait à la compétence, à la confidentialité et à la responsabilité.

charte ethique signature Eurojuris

Quelles perspectives pour les avocats ?

Joël de Rosnay, scientifique et prospectiviste français a clôt le congrès sur une perspective très positive : loin de signifier la fin de l’humain, l’arrivée des technologies dans le quotidien de l’avocat et des professions intellectuelles est une opportunité de se concentrer sur les tâches à haute valeur ajoutée et les prestations de conseils. Maitriser la technologie permet de gagner du temps pour valoriser et développer les qualités humaines, c’est-à-dire les compétences que les clients attendent : le développement d’une stratégie efficace, l’empathie, ou encore l’écoute.

« Aujourd’hui, les avocats travaillent dans un climat relativement anxiogène : concurrence accrue, développement des technologies et des robots qui finiraient, dit-on, par les remplacer… Notre objectif lors de ce congrès EUROJURIS était de proposer des solutions, applicables dès maintenant dans les cabinets d’avocats, afin que la profession se sente prête à affronter l’avenir. Notre réseau s’investit ainsi largement en faveur d’une innovation qui profite aux justiciables, et aux professionnels, aussi bien dans les grandes que dans les très petites structures. Ce congrès est une vraie réussite ! Chaque intervenant a apporté des enseignements pratiques, à appliquer aujourd’hui ! » conclut Sophie Clanchet, Présidente du réseau EUROJURIS FRANCE.

Arnaud Dumourier (@adumourier)