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Mercredi 26 avril 2017

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Les avocats contraints d’innover pour éviter d'être "ubérisés"

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nticBousculés par de nouveaux acteurs, les avocats doivent repenser leur métier pour éviter d’être "ubérisés".

Le marché du droit, comme d’autres secteurs de l’économie, n’échappe pas à l’arrivée de nouveaux acteurs économiques et à la crainte d’ubérisation qui en résulte.

Pour Maurice Lévy, Président du directoire de Publicis, "Tout le monde commence à craindre de se faire Uberiser. C'est l'idée qu'on se réveille soudainement en découvrant que son activité historique a disparu... Les clients n'ont jamais été aussi désorientés ou inquiets au sujet de leur marque et de leur modèle économique".

Le développement des Legal Start-ups

Les Legal start-ups profitent de la déréglementation du marché pour pénétrer un marché qui jusqu’alors était réservé aux avocats et qui le reste encore largement, mais pour combien de temps ?

Alors que les tarifs des avocats sont souvent jugés trop élevés, ces start-ups proposent des services de documents juridiques ou des formalités en ligne pour un coût réduit.

Solution en ligne de création de documents juridiques et de formalités administratives

Legalstart.fr, lancée en février 2014 par Timothée Rambaud, Pierre Aïdan et Stéphane Le Viet, se présente comme une solution en ligne de création de documents juridiques et de formalités administratives à destination des TPE/PME. Le site propose des services 100 % dématérialisés liés à la vie de l'entreprise tels que : la création, les statuts, le dépôt de marque, les modifications statutaires, les contrats de travail, etc.
Le constat est simple : la gestion des formalités juridiques fait perdre énormément de temps et d'argent aux entrepreneurs.
La solution : proposer des documents prêts à l’emploi à moindre coût.
La simplicité d’utilisation, l’immédiateté des prestations, la baisse des coûts permettent aux Legal start-ups de répondre aux nouveaux besoins des utilisateurs qui semblent plébisciter ce type de services s’il en croit leur rapide développement.

Résolution de litiges en ligne

Le site Demander Justice permet aux particuliers d’effectuer des procédures en ligne pour résoudre des litiges dont le montant n’excède pas 10.000 € en s’affranchissant des avocats.
Le site affiche une réussite de 82 % dans le cas d’une procédure judiciaire.
Depuis 2012, ce sont plus de 182.000 dossiers qui ont été traités par la plateforme, soit plusieurs centaines de dossiers par jour…
Bien que l’assistance d’un avocat ne soit pas obligatoire pour de tels litiges, cette démarche n’est pas du goût des institutions de la profession.
Ainsi, l’Ordre des avocats de Paris et le Conseil national des barreaux ont attaqué DemanderJustice.com au pénal puis au civil dénonçant l’exercice illégal du droit mais ont été jusqu’ici débouté de leurs demandes.

La profession d’avocat prépare la riposte

Les institutions ne préparent pas seulement la riposte sur le terrain judiciaire mais ont compris aussi la nécessité de réfléchir à la constitution de nouveaux services.
Le barreau de Paris a créé un incubateur en janvier 2014 afin promouvoir et favoriser l’innovation juridique notamment au travers d’un prix mais aussi en formulant des propositions au Conseil de l’Ordre.
L’Incubateur du barreau de Paris, a ainsi remis au conseil de l’Ordre du barreau de Paris, le 7 juillet 2015, "des pistes d’adaptation de la déontologie des avocats" aux "nouvelles réalités du marché" et a formulé cinq propositions :
- l’ouverture du capital des cabinets d’avocats ;
- l’encouragement de la publicité ;
- l’assouplissement des modes de rémunération des avocats ;
- l’autorisation de l’exercice d’une activité commerciale accessoire à l’activité principale d’avocat ;
- et l’encouragement au développement de l’acte contresigné d’avocat.

De même, le barreau de Paris va lancer une plateforme numérique pour les actions collectives des particuliers.
Destinée aux particuliers, la plateforme numérique permettra aux avocats parisiens de recueillir et de gérer de façon sécurisée un grand nombre de mandats de la part de clients victimes.
Le but est aussi de proposer une alternative à actioncivile.com, société créée par Demander Justice, avec une garantie de compétences professionnelles.
De son côté, le CNB va lancer un "site de consultation juridique en ligne".
Le site comprendra un annuaire d’avocats prêts à répondre à ses questions par internet ou par téléphone. Le prix de la consultation juridique ne sera pas fixé par le site, ni le délai de réponse.

Les avocats proposent déjà des services innovants

Cependant, certains avocats ont devancé leurs institutions pour proposer des services innovants.
Par exemple, AGN Avocats a mis en place un réseau d’agences du droit en France pour replacer l’avocat au plus près de ses clients.
Il s’agit de répondre au besoin d’être accompagné dans les actes de la vie quotidienne en bénéficiant de conseils juridiques appropriés (connaître ses droits, sécuriser ses décisions, défendre ses intérêts, optimiser ses choix, être accompagné dans les étapes importantes…).
Plus récemment, EY société d’avocats vient de lancer une nouvelle offre 100 % en ligne, eTaxClaim, plateforme permettant aux contribuables français, résidents et non-résidents, de faire valoir en quelques clics leurs droits à restitution en matière de prélèvements fiscaux et sociaux indûment perçus.
Cette offre permet de bénéficier d’un accompagnement et de simplifier la gestion d’un contentieux avec l’administration fiscale, dans un environnement totalement sécurisé.
"Cette initiative disruptive traduit la volonté d’EY Société d’Avocats de s’engager dans une dynamique de transformation et de marquer son empreinte sur le chemin de la modernisation de la profession d’avocat. Cette offre inédite démontre l’agilité et la capacité d’adaptation d’EY aux nouveaux codes et usages dictés par la révolution digitale." a indiqué Eric Fourel, Managing Partner d’EY Société d’Avocats.

Contraints d’innover pour éviter de se faire "ubériser", nombreux sont les avocats qui comme les institutions de la profession s’opposent aux Legal start-ups mais la solution pourrait peut-être se trouver dans une collaboration "ouverte" comme le propose le programme de cocréation numérique Open-Law avec des services créés par des avocats et des entrepreneurs.
Le réseau d’avocats GESICA, dont le prochain congrès en novembre 2015 aura pour thème l’innovation, entend bien réunir les différents acteurs de l’innovation dont "Uber" afin de réfléchir si le droit est utile à l’innovation et vice-versa. Le défi est ambitieux et audacieux mais sans doute nécessaire car si les avocats ne font pas preuve d’imagination, ils pourraient subir le même sort que les chauffeurs de taxis avec Uber, les hôteliers avec Airbnb ou encore les libraires avec Amazon et peut-être même disparaître comme l’a prédit Richard Susskind en 2008 dans "The End of Lawyers ? Rethinking the Nature of Legal Services", Oxford UP.

Arnaud Dumourier (@adumourier)

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Cet article a reçu la plume d'argent dans la catégorie "article prospectif ou innovation juridique" des Plumes de l'économie et du droit 2015Les plumes de l'économie et du droit mettent en avant des femmes et des hommes, auteurs d'articles (écrits et publiés en 2014-2015) remarquables, prenant  en compte les enjeux économiques et juridiques afin d'améliorer la performance et l'éthique de l'économie.