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Samedi 25 mars 2017

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Avocats d’affaires : à la recherche d’une stratégie digitale

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digital2Face aux changements introduits par le développement du numérique sur le marché du droit, les avocats d’affaires recherchent la bonne stratégie digitale.

Il ne se passe pas un jour sans que l’on ne parle d’une legal start-up. Si les legal tech ont largement investi le marché du droit ces dernières années, c’est d’abord parce que les professionnels du droit - et en premier lieu les avocats - n’ont pas "occupé le terrain".

Les cabinets d’avocats se contentent bien souvent d’un site web vitrine, négligeant ainsi de développer leur présence en ligne et - surtout - d’adapter leurs prestations aux spécificités de la vente en ligne. Les legal tech en ont largement profité pour développer de nouveaux services (générateurs de contrats, médiation, procédures en ligne, mises en relation avec un avocat, bases de données juridiques…) et prendre des parts de marché.

Cependant, certains cabinets d’avocats d’affaires semblent avoir pris la mesure de ces mutations et ont décidé d’investir le web.

Le numérique, vecteur de communication

Le cabinet Fidal est l’un des premiers cabinets à avoir déployé une véritable stratégie digitale dès 2013.

Il a ainsi lancé un blog institutionnel et technique et développé sa présence sur les réseaux sociaux avec l’ouverture la création de pages "Entreprise" sur Facebook, Linkedin, Viadeo, ainsi que des fils institutionnels sur Twitter (@FIDAL_avocats, @FIDAL_conseils, @FIDAL_RH).

Plus récemment, Jeantet a lancé DigitLegal, un blog dédié à l'économie numérique et au droit. C’était nécessaire tant le numérique bouleverse "les business models". "Créé il y a près d’un siècle, le cabinet Jeantet peut témoigner d'un grand nombre d'évolutions et de révolutions sociétales, économiques et juridiques qui, toutes, ont influencé sa pratique, son modèle et son développement. C'est aujourd'hui le numérique qui bouleverse les modèles d’affaires, l’organisation interne des entreprises ou leur relation au savoir et avec leurs parties prenantes, au premier rang desquelles leurs clients. Le droit et sa pratique doivent s’adapter ; c’est pourquoi il nous est apparu indispensable, fidèle à notre ADN qui lie économie et droit, d’ouvrir un espace de réflexion sur ce sujet", explique Philippe Portier, associé de Jeantet.
Avec ce blog, le cabinet entend également renforcer sa présence sur internet "en décryptant les enjeux croisés de l’économie collaborative et du droit, quelle que soit la spécialité (social, fiscal, concurrence, pénal, etc.).", précise Patrick Thiébart, associé, spécialiste du droit social.

Dans un autre registre, le cabinet Baker & McKenzie a décidé de prendre les devants et de lancer la réflexion avec ses clients dans le cadre d’un forum à Paris sur la transformation digitale. A l’occasion de cet événement, le cabinet international a lancé une application mobile sur la réforme du droit des contrats qui permet d'obtenir une concordance entre les anciens et les nouveaux articles concernés du Code civil, grâce à une recherche par mot-clé ou par numéro d'article. Elle donne également la possibilité aux utilisateurs de contextualiser et d'approfondir ces changements en consultant les sections pertinentes du rapport au Président de la République publié le même jour.

Arnaud Cabanes, Managing Partner du bureau de Paris de Baker & McKenzie, se réjouit du succès de cette application qui a été téléchargée plus de 1 200 fois mais regarde déjà plus loin : "Nous sommes conscients que nous allons devoir investir dans des outils informatiques performants permettant le traitement de données importantes. Par exemple, les data rooms des opérations de fusions-acquisitions ont été remplacées par des plateformes informatisées virtuelles. Le risque pour les clients vient de ce qu’ils ignorent qui analyse les documents de la data room virtuelle. Certains cabinets pourraient être tentés de staffer des avocats débutants ou même des stagiaires pour faire baisser les coûts. Or, cela pose un problème de sécurité juridique et d’engagement envers les clients même si ceux-ci sont de plus en plus sensibles aux coûts. Les nouvelles technologies nous permettront de disposer rapidement de systèmes intelligents qui permettront d’assister les avocats expérimentés dans l’analyse des documents de la data room afin d’accélérer le rythme de travail. De même, en matière fiscale, des systèmes intelligents sont capables de traiter les données des clients en vue d’apprécier leur conformité aux règles en vigueur".

L’innovation comme moteur de la stratégie

D’autres cabinets comme CMS Bureau Francis Lefebvre ont choisi de miser sur l’Open innovation. Ainsi, le cabinet qui est partenaire de l’association Open Law, le Droit ouvert a notamment participé au programme Open Law Europa pour réfléchir à la manière dont la technologie fait évoluer les besoins de ses clients et pouvoir ensuite apporter la réponse adéquate. "Le droit ouvert déplace les lignes du savoir et de la compétence : nos clients disposent de plus en plus d'information brute, la technologie devrait leur permettre d'y accéder plus facilement et de sélectionner les éléments qui leur sont applicables. Le rôle de l'avocat n'est donc plus seulement de diffuser du savoir mais d'offrir son savoir-faire et sa capacité à penser et mettre en œuvre les projets de ses clients", indique Grégory Benteux, Associé.

Dentons a également fait le pari de l’open innovation en créant NextLaw Labs, plateforme d’innovation collaborative globale qui a investi dans ROSS Intelligence Inc., start-up concentrant son activité sur le développement d’une application de conseil juridique utilisant la technologie IBM Watson et dans Apperio, start-up spécialisée dans la technologie juridique visant à améliorer la gestion des dossiers par les avocats. Pour John Fernandez, associé Dentons en charge de NextLaw Labs et Responsable de l’Innovation au sein de Dentons US, l’ambition est de "réinventer la pratique du droit grâce à la technologie". La création de NextLaw Labs était nécessaire car "la structure interne classique des cabinets d’avocats intègre rarement les process requis pour nourrir l’innovation". "Ainsi les initiatives qui transforment la profession juridique viennent essentiellement d’entités qui ne sont pas des cabinets d’avocats. Il existe de formidables opportunités pour les cabinets les plus innovants, et de telles opportunités requièrent la mise en place de structures nouvelles et différentes. NextLaw Labs a été créé pour capitaliser sur cette opportunité".

Ces initiatives demeurent encore isolées. Une étude réalisée par Enderby en octobre 2015 notait que sur les 100 premiers cabinets d’avocats d’affaires implantés en France, seuls 31 étaient présents sur Twitter et 61 sur LinkedIn. De même, peu de nouveaux services sont le fait de cabinets d’avocats d’affaires. Ces derniers sauront-ils réagir et inverser cette tendance ? Car le temps passe et sur internet c’est souvent la loi du "premier arrivé, premier servi" qui domine.

Arnaud Dumourier (@adumourier)