Interview de Bérengère Moulin et Bruno Ancel, Candidats au Conseil de l’Ordre de Paris

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En partenariat avec Le Monde du Droit, le Club AvoTech, premier « do tank » des avocats créateurs de legaltech en France, a décidé d’interpeller les candidats au Conseil de l’Ordre de Paris, sur leur vision de l’avocat de demain. Aujourd’hui, Bérengère Moulin et Bruno Ancel répondent aux questions de Charlotte Hugon et Barthélémy Lemiale, Avocats et membres fondateur d’AvoTech.

Quelle est votre vision de l'avocat de demain ?

ANCEL : Je ne suis pas contre le numérique car nous vivons dans un espace économique mondialisé avec une internationalisation des échanges, mais je ne suis pas non plus pour le tout numérique.

C'est un des axes de notre campagne : face au tsunami numérique et à la révolution technologique nous devons maintenir ce degré d'excellence qu'est l'humanité dans notre pratique quotidienne. J'ai une vision un peu philosophique, car à mon sens, l'humanité est éternelle !

MOULIN : L’Avocat de demain doit se servir du numérique mais ne pas oublier l’analyse, la critique et le doute.

Est-ce que l'Ordre doit intervenir pour favoriser les sociétés du droit numérique créées par des avocats ?

ANCEL : Un avocat doit pouvoir être actionnaire d'une société (ce doit être une activité connexe, accessoire à la sienne) J'enseigne le droit des sociétés dans une école de commerce donc je suis favorable à l'entrepreneuriat.

MOULIN : L’Ordre doit intervenir non pas pour faire barrage au progrès mais pour veiller à ce qu’il ne soit pas l’occasion de dérives. Je pense qu’il vaudrait mieux parler de sociétés d’information sur le droit par le numérique. Cette activité n’est pas celle de l’avocat.

Donc vous êtes pour une application extensive de l'article 111 du décret Macron qui permet à l'avocat de créer, à côté de son cabinet, une activité commerciale, connexe et accessoire, à son activité ?

ANCEL : En théorie, je suis pour !

MOULIN : je n’ai pas étudié assez la question

L'avocat doit-il pouvoir diriger la société dont il est actionnaire ou se restreindre à investir ?

ANCEL et MOULIN : C'est difficile de concilier une activité d'avocat et celle de dirigeant d'entreprise car les deux réclament beaucoup d’énergie et de travail.

Mais vous n'êtes pas contre qu'un avocat, à condition qu'il maîtrise son temps, puisse diriger une société commerciale ?

ANCEL et MOULIN  En théorie, ce serait possible. Toutefois, dans la pratique, cette dualité est plus difficile à mettre en œuvre car il s’agit de maîtriser son temps et la compatibilité de cette activité connexe avec notre déontologie au regard du respect du secret professionnel, de l’absence de conflits d’intérêts

Seriez-vous favorable à une « commission de l'avocat numérique », qui serait un pont rapide déontologique, entre les avocats entrepreneurs et l'Ordre, pour lever les éventuels obstacles ?

ANCEL et MOULIN : Oui, nous pensons que c'est une bonne chose de créer une commission numérique, de réfléchir à l'entrepreneuriat, aux incompatibilités, aux défis posés par les nouvelles technologies.

Est-ce que vous êtes pour la notation des avocats en ligne comme TripAdvisor ?

ANCEL et MOULIN : Il nous est difficile de répondre car l’on ignore ce que valent ces notations. 

Est-ce que vous avez déjà eu l'occasion de réfléchir à des dispositifs qui pourraient être mis en place par l'Ordre pour favoriser cet entrepreneuriat ?

ANCEL et MOULIN : nous pensons qu'il faudrait un tant soit peu élargir les frontières relatives aux incompatibilités entre une fonction d'avocat et une fonction commerciale ; c'est peut être sur ce terrain qu'il faut travailler.

Seriez-vous favorable à un crédit d'heure formations pour ceux qui créent leur entreprise à côté, en considérant que du fait de cette entreprise ils pourraient être dispensés de la formation continue ?

ANCEL et MOULIN : nous y sommes opposés, ce n’est pas le métier d’avocat, l’accessoire ne peut remplacer le principal !

Que pensez-vous d’une exonération des cotisations, comme un crédit d'impôt, pour favoriser financièrement les avocats ?

ANCEL et MOULIN : C'est une bonne idée mais on demande toujours à l'Ordre d'investir dans différents domaines. Nous ne sommes pas favorables à une exonération totale ; elle pourrait être partielle.

Pourriez-vous porter l'idée de localiser les start-up d'avocats, à la Maison du Barreau par exemple, pour leur permettre de se domicilier facilement et gratuitement, voire de permettre une espace de coworking sur place ?

ANCEL et MOULIN : nous savons qu'au sein de la Maison du Barreau il y a des espaces dédiés aux conférences, des lieux consacrés aux problèmes de déontologie, mais est-ce qu'il y aurait suffisamment de place pour réunir toutes les start-up ? Là nous sommes peut-être plus réservés. Il faudrait que l’Ordre effectue un référendum sur cette question auprès de chaque Confrère qui paie des cotisations pour financer ces lieux.

Vous travaillez aujourd'hui au sein du CDAAP (Centre d’ Affaires des Avocats de Paris), quelle est votre point de vue sur ce lieu ?

ANCEL : Très honnêtement c'est une bonne expérience, j'y suis resté cinq ans. J'aime bien les grands espaces donc là au moins je suis gâté ! On a deux secrétaires, un beau hall. J’ai un bureau fixe donc je n'ai rien à redire. Le seul point faible, c'est le développement. Si l’on veut recruter un collaborateur, il faut dépasser le stade du CDAAP (Centre d’ Affaires des Avocats de Paris) qui n’est qu’un tremplin temporaire.

Est-ce que cela vous a permis de développer des synergies avec d’autres confrères ?

ANCEL : J'ai pu discuter avec des confrères charmants et talentueux, mais beaucoup font du droit des étrangers et du droit public. Je suis plutôt généraliste, privatiste donc je n’ai pas crée de synergies. Certains ont quitté le CDAAP, se sont mis à deux et ont fondé leur cabinet. Je souhaite ardemment m’installer et nouer des synergies par exemple avec des confrères spécialisés en droit fiscal, droit de l’immobilier, de l’arbitrage, droit pénal et en droit des affaires internationales.

MOULIN : le processus de la synergie requiert du temps…

Vous avez parlé de « tsunami numérique » dans votre vidéo de campagne, quelles sont vos propositions pour aider les confrères à faire face à cette déferlante ?

ANCEL : Je suis favorable au secret des affaires, et ce dernier peut être facilement entravé. Il faut utiliser des technologies de plus en plus sophistiquées pour le garantir. Par exemple attribuer un numéro à un dossier, utiliser des mots de passe assez sophistiqués alpha numériques. En conséquence, je suis pour un renforcement du secret des affaires.

MOULIN : Rester eux-mêmes et garder un esprit critique et une humanité toujours en éveil

Comment aider les confrères à s'adapter à ce nouvel environnement ? Vous avez des propositions que vous soutenez pour que l'Ordre aide les confrères à passer cette révolution numérique en cours ?

ANCEL et MOULIN : Soucieux de la formation de nos Confrères, l'Ordre a déjà commencé à faire des MOOC sur le management. Il pourrait en faire d’autres, et singulièrement des cours à tarifs raisonnables sur les notions clefs du numérique : les smart contracts, les blockchains,etc… Il pourrait dispenser des formations pour aider ceux qui ne sont pas dans la génération du numérique.

Si vous veniez de prêter serment, cette année, quels seraient vos réflexes pour vous lancer dans la Profession, et développer votre réseau, et donc votre clientèle ?

ANCEL et MOULIN  Peut-être de ne pas laisser la solitude s'installer, se regrouper avec des confrères, créer un pôle avec une dizaine d’avocats d’horizons divers. Lorsque l’on est groupé l'union fait la force. On a davantage de poids face à des clients lorsque l’on fait partie d’une grande structure. Nous pensons que si nous devions recommencer, nous intègrerions un cabinet avec cinq à dix confrères, voire plus. Nous sommes pour le collectif.

ANCEL : J'ai même prévu une formule pour l'Ordre. Je me suis dit que si je devais formuler brièvement ma candidature, je la synthétiserais à partir de la formule E=MC². Soit E, Ensemble, M, Maximisons, et C² le Collectif. Et comme j'aime bien les mathématiques, je dirais : si vous nous accordez votre confiance le 21 novembre 2017, aidez-nous à transformer la formule E=MC² en E=2 MCO (deux membres du Conseil de l’Ordre )!

Interview réalisée par Charlotte Hugon et Barthélémy Lemiale, Avocats et membres fondateur d’AvoTech